8 août 2026

connaître et jouer les instruments de musique médiévaux du CIMM 26-27

avec Olivier Féraud

L’archéolutherie

Si la lutherie désigne la facture des instruments à cordes et à manche encore en usage aujourd’hui, l’archéolutherie se donne pour tâche de restituer des instruments disparus, connus seulement par des sources indirectes : vestiges archéologiques, iconographie, textes. C’est le cas des instruments du Moyen Âge. Les vestiges qui nous en sont parvenus sont extrêmement rares, disparates et souvent mal conservés ; quant aux quelques instruments intacts, datant pour la plupart de la seconde moitié du XVe siècle ou de facture trop singulière, ils ne sauraient rendre compte de la diversité d’une organologie étendue sur une dizaine de siècles. Œuvrer par simple reproduction de modèles existants est donc impossible.

La restitution de ces instruments relève d’une démarche archéo-musicologique expérimentale, profondément pluridisciplinaire, qui dépasse largement la seule dimension artisanale du travail de luthier. Elle exige un aller-retour constant entre l’archéologie, la musicologie, l’histoire sociale et politique, l’histoire de l’art et des techniques, l’histoire des gestes, celle des sensibilités et des valeurs culturelles contemporaines de ces instruments. Seule cette recherche, menée avec une éthique de travail intransigeante, permet d’inscrire un instrument dans ses moindres détails, en fonction de son contexte historique. Chaque élément est ensuite réalisé à la main, dans le respect des procédés de fabrication historiques.

La question de la sonorité, que se pose tout interprète des musiques anciennes, butera toujours sur l’impasse de la quête d’authenticité. L’archéolutherie propose de prendre le problème par le dessous : si l’on connaît les matériaux, les gestes et les techniques de fabrication, si l’on est attentif aux détails livrés par les restes archéologiques et l’iconographie, si l’on connaît le type d’espace acoustique dans lequel il jouait, et si l’on a une idée de la musique à laquelle ces instruments étaient destinés — car un instrument, quelle que soit l’époque, est toujours optimisé pour la musique qu’il doit jouer —, alors il y a des chances que la sonorité de l’objet construit ne soit guère éloignée de celle qu’entendaient les oreilles de jadis. Ce que l’on sait des critères esthétiques, des pratiques musicales et des contextes d’exécution vient affiner ce résultat, au service de l’intuition du « faiseur » d’instruments, dont la tâche est de concilier ergonomie, adaptation au répertoire, connaissances scientifiques et exigences du musicien. L’aspiration de l’archéolutherie est ainsi de découvrir des sonorités inédites, plutôt que de reproduire celles que les siècles ultérieurs ont façonnées pour leurs propres besoins — sans jamais oublier qu’au final, l’instrument doit toujours permettre à la musique d’être une médecine de l’âme.

Vièles, chalemies, harpes, luths et trompettes ne forment qu’une infime partie des instruments présents dans l’iconographie médiévale. Avec l’aide d’archéo-luthiers comme Olivier Féraud, le CIMM s’attache à les reconstituer depuis plus de dix ans : riche d’une collection d’instruments jouables mise à disposition des étudiants et des musiciens, l’association déploie autour d’elle ateliers de facture, cours d’organologie, colloques, salons et expérimentations — et les stagiaires ont la possibilité d’en expérimenter la pratique.

Ce cours est destiné à découvrir ou redécouvrir la collection de restitutions archéomusicales d’instruments de musique médiévaux conservée par le CIMM, à travers des approches théoriques et pratiques.

Lors d’un premier rendez-vous centré sur la méthodologie archéomusicologique, vous verrez comment comprendre et contextualiser les instruments par la lecture iconographique et relever les informations organologiques qui ont guidé le travail de restitution des facteurs d’instruments. Cette première session se terminera par une initiation au jeu des instruments.

Les deux sessions de cours suivantes seront exclusivement consacrée à la pratique musicale collective et individuelle, avec pour objectif de pouvoir interpréter une pièce simple sur un ou plusieurs instruments lors du dernier cours.

Dates

  • Session 1 : 12-13 octobre 2026 – Iconographie musicale et organologie de l’instrumentarium médiéval du CIMM, initiation aux instruments et leurs enjeux techniques
  • Session 2 : 25-26 janvier 2027 – Première restitution du travail de pratique musicale et rappel des enjeux techniques
  • Session 3 : 19-20 avril 2027 – Restitution finale du travail de pratique musicale, 19-20 avril 2027

Horaires et lieu :

  • 10h00-13h00 et 14h30-17h30
  • lieu à préciser

Divers

  • Chaque participant est autonome pour ses repas et hébergements.
  • Si des stagiaires montpelliérains veulent proposer un hébergement à d’autres venant de loin, vous pouvez en informer la chargée de production-administration, et les demandeurs y faire appel.
  • Pour vos trajets pour Montpellier, il est possible d’utiliser la page dédiée du CIMM, https://www.facebook.com/groups/670025637390717, ou https://www.covoitribu.fr/, ainsi que les transports en commun https://cimmducielauxmarges.org/covoiturage/
  • Retards et téléphones ne sont pas de mise lors des sessions de formation (si les intervenants ou la chargée de production ne sont avertis d’un retard potentiel, le risque serait de ne pas être accepté.e.s à la session en cours. Au début de chaque session, vous serez invité.e.s à déposer votre téléphone à l’entrée de la salle).

Tout.e inscrit.e au CIMM est invité.e à intégrer l’équipe du festival qui a lieu la deuxième quinzaine de mai, n’hésitez pas à vous signaler si l’aventure vous tente.

  • Normal, frais pédagogiques : 340 € + 15 € d’adhésion au CIMM
  • Réduit*, frais pédagogiques : 180 € + 5 € d’adhésion au CIMM Étudiants de l’université de Montpellier Paul-Valéry, élèves de la Cité des arts (CRR) de Montpellier 3M et élèves du CNSMD de Lyon : exonérés des frais pédagogiques + 5 € d’adhésion au CIMM

*Tarif réduit : Pour l’adhésion comme  pour l’inscription, le tarif réduit s’applique aux jeunes jusqu’à 30 ans, aux demandeurs d’emploi (allocations chômage) et aux bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, ASPA), sur présentation d’un justificatif par mail.

  • Adhésion au CIMM ici
  • Inscription sur le formulaire (obligatoire, pour un suivi logistique, quelque soit le parcours choisi)
  • Paiement sécurisé

Olivier Féraud est luthier, musicien et docteur en anthropologie sonore (EHESS). Sa profession de luthier et de chercheur indépendant en archéomusicologie l’a amené à se spécialiser dans les instruments à cordes du Moyen Âge (VIe-début XVIe s.), parcourant les cordes frottées, les cordes pincées et les claviers.

Son travail d’archéo-lutherie, centré sur le respect des techniques et des matériaux de fabrication, repose sur des recherches minutieuses puisant dans l’archéologie, l’organologie, la musicologie ou la philologie, avec toujours ce défi d’à la fois redécouvrir des sonorités ou-bliées et souvent inédites, et de façonner un son « sur mesure ».

Il réalise des instruments pour de nombreux musiciens spécialisés comme Benjamin Bagby, Katia Caré, Nol-wenn Leguern, Brice Duisit… et participe à des projets internationaux de reconstitutions instrumentales tels que l’Instrumentarium de Chartres (2013) ou le projet De la piedra a la Madera (initié en 2016 par le luthier espagnol Jesύs Reolid).

Sa pratique musicale prolonge ses recherches de sonorités en parcourant les différents répertoires de musi-ques anciennes autant que les musiques expérimentales. Spécialisé dans l’accompagnement des chansons des troubadours pendant plus de 15 ans et membre de l’ensemble Flor Enversa jusqu’en 2015, il se produit régulièrement au sein de différents ensembles.