Musiques médiévales – Vers un réseau informel professionnel

Work in progress

Depuis le début de l’année 2025, sur l’impulsion du Centre International des Musiques Médiévales, de La Camera delle Lacrime, et de l’Université de Montpellier Paul-Valéry, un travail en direction de la création d’un réseau informel de structures professionnelles sur les musiques médiévales s’est mis en place avec les ensembles (adhérents ou non de la FEVIS), les structures de programmation, les universitaires, les luthiers et les influenceurs pour réfléchir ensemble à une promotion collective et intelligente des musiques médiévales au niveau national.

Un premier constat réjouissant et positif est celui du développement de plusieurs jeunes ensembles et nous espérons pour les années à venir que l’État et les collectivités territoriales continueront à accompagner de façon significative les ensembles spécialisés dans nos répertoires. Un deuxième constat a été porté sur les attentes en termes de création, diffusion, et médiation et pour lesquels nous faisons face aux mêmes défis.

Comment alors travailler et faire réseau en conciliant la coexistence des modèles économiques dans le secteur des musiques médiévales avec des ensembles structurés et affiliés à la FEVIS (modèle économique incluant l’intermittence et la relation avec l’État, les régions, les communes) et les ensembles non affiliés (modèle économique avec diversification des sources de revenus et une posture pouvant aller jusqu’au de « rejet » de l’intermittence).

Les contraintes économiques affectant aujourd’hui la quasi-totalité des structures (organisateurs comme producteurs), nos répertoires ont parfois du mal à se frayer un chemin face aux œuvres davantage identifiées. Les acteurs de notre secteur constatent un accroissement des difficultés pour réussir à convaincre des partenaires programmateurs à accueillir leurs productions. Il nous est alors apparu indispensable de réfléchir à la manière de travailler ensemble et de faire réseau pour la promotion des musiques médiévales.

Une rencontre a été organisée le 31 mai 2025 à Saint-Guilhem-le-Désert. Le fil directeur qui s’est dégagé de cette table ronde est la construction progressive d’un réseau informel d’ensembles de musiques médiévales, pensé à la fois comme espace de solidarité professionnelle, outil de clarification des enjeux économiques et laboratoire d’une stratégie de médiation ambitieuse vers les publics et les institutions.

L’ensemble des échanges articule trois niveaux étroitement liés : la définition de la professionnalité dans notre secteur, l’invention de formes de coopération adaptées aux contraintes actuelles, et la mise en place d’outils éditoriaux et numériques capables de transformer les représentations du Moyen Âge dans l’espace public.

Le réseau envisagé se définit d’abord par un critère de professionnalité : appartiennent au périmètre les ensembles qui assument une activité structurée de création, de production et de diffusion, et dont les membres sont effectivement rémunérés, au-delà du simple défraiement. Il ne se veut pas instance de normalisation esthétique,mais espace de reconnaissance d’une pluralité de démarches. La pratique historiquement informée y est pensée comme une approche artistique parmi d’autres, et non comme norme exclusive ou « ordre » hiérarchisant les légitimités.

Les participants plaident pour intégrer également des formes de médiévalisme professionnel (musiques de rue, spectacles transdisciplinaires, projets fortement scénographiés), dès lors qu’elles répondent à des critères de diffusion réelle et de rémunération, afin de refléter la diversité des scènes médiévales contemporaines. Cette ouverture vise à la fois à renforcer le réseau numériquement et à élargir les formes de médiation possibles, en assumant des esthétiques variées qui parlent à des publics différents.

Les échanges convergent vers l’idée que les réseaux sociaux et les formats numériques doivent être considérés comme de véritables scènes, avec leurs logiques propres, et non comme de simples outils de promotion de la salle de concert.

La table ronde évoque aussi le rôle possible des universitaires, des musicologues et des médiateurs : non seulement comme producteurs de contenus explicatifs (entretiens, capsules pédagogiques), mais aussi comme partenaires dans des projets transversaux associant recherche, création et médiation (journées d’études, résidences croisées, collaborations avec la danse contemporaine, le jazz ou les musiques orales). Ces croisements sont perçus comme autant de moyens de repositionner les musiques médiévales dans un dialogue culturel plus large, notamment à l’échelle européenne et dans le champ des « musiques du monde ».

En conclusion, la table ronde dessine un projet où la constitution d’un réseau informel sert de levier pour affirmer une identité professionnelle partagée, expérimenter des formes de coopération adaptées aux réalités économiques, et inventer des dispositifs éditoriaux et numériques capables de transformer les imaginaires attachés au Moyen Âge, tout en ouvrant de nouvelles alliances artistiques et institutionnelles.

Gisèle Clément

Professeure des Universités en Musicologie médiévale de l’Université Montpellier Paul Valéry et Directrice du Centre International de Musiques
Médiévales

Khaï-Dong Luong

Docteur en ART spécialité Musicologie, label Recherche-Création de l’Université Montpellier Paul-Valéry, co-directeur artistique de La Camera delle Lacrime